Ma poésie s’est retrouvée parmi les 21 finalistes des Prix de la création du concours de poésie (ICI ON LIT) de Radio-Canada 2018, il me fait grand plaisir de vous la partager, elle s’intitule : SYMBIOSE

Une explosion. Blanche. Soudaine. Une déflagration de spores fertilisant le ciel. Je nais. Mon premier cri. Je suis. Mes premiers frissons. J’existe. Ma première peur. Je vis. La pluie picore la terre avec une telle force. L’eau est arrivé jusqu’à moi, m’emporte, m’arrache à mes entrailles. Je suis las. Je la suis. Le courant creuse de jolies rigoles comme un sillon de fées. Les éclairs labourent le ciel pour engendrer des symphonies envoûtantes. Le spectacle est total, un nouveau monde se déchire. Me désire! Moi, pas même champignon.

Pendant quelques heures, l’eau gonfle. Magie des danses au gré du courant. Je n’ai qu’à me laisser porter, emporté par cette vie majestueuse, bercé par ses chants et ses rythmes de pierre. Puis tout ce calme. Respirer. Enfin Respirer! Profiter. Savourer. Soudain le poisson me gobe. Juste avant de se faire dévorer par un ours affamé. La lutte a été très rapide. Et je me retrouve dans son estomac. Quand son corps me libère, la lumière m’avale, avant de me recracher. Perdu, je n’ai pas peur. Je commence enfin mon aventure. La vie m’aspire, m’espère. Et je ne demande qu’à en jouir. De temps en temps la farandole des nuages me caresse de leurs coussins de coton. Parfois leurs griffes de feu s’amusent à me faire peur. Mais je suis pourtant trop petit pour succomber, blottit dans les bras de mon père, sans doute mon père, ce géant magnifique! Quand le vent tournoie autour de moi, me caressant sans pudeur, frayant son chemin tortueux tout au long de l’écorce paternelle et protectrice, des oiseaux viennent se lover, pondre et répondre à la vie. En une somptueuse symbiose, des biches et une infinité d’insectes frottent leurs passions sur ses feuilles ou sur mon corps. Je suis un univers à moi tout seul! Je m’amuse à voir mes frères tournoyer, emportant mon avenir habiter la vallée, et bien au-delà. Ils s’envolent portés par ces tapis changeants de vents, dessinent des baisers invisibles dans les azurs purs et clairs. Ils s’éloignent de moi, m’emmènent avec eux, dans leurs ballets. L’amour palpite dans chacun de nos frissons, la vie dans nos éternuements de poussière blanche.

Que je suis grand ! Que je suis bien. Et puissant ! Et puis, épuisant est le long chemin. Et puis des enfants forcément, férocement humain reviennent jouer à la guerre. Hier, ils ont abattu mon père je me souviens très bien. J’ai hurlé, hurlé ! Mon univers s’est écroulé, ses branches se sont effondrées, les nids qui l’habitaient se sont engloutis dans ses feuilles et ma poussière. Avec son corps ils construisent leur maison et divers outils pour lacérer la terre, la nourrir et fonder leur propre monde. De ses larmes de sève ils forgent des liens. Avec ses feuilles et ses brindilles, ils nourrissent le feu torturés par mille vents. Lacérant de ce qu’il fut dans le concert assourdissant de leurs danses frénétiques. De ses fleurs ils extraient les parfums de son âme pour habiller leurs filles qui tressent dans leurs cheveux d’autres fleurs. Ils forgent des flûtent et autres instruments pour égrener leurs notes dans l’invisible et enchanter leurs vies. Et moi, dans cette gueule ouverte et avide, moi je me noie dans l’allégresse. Et moi je vois déjà, là où l’homme m’a extrait de la terre nourricière pour m’offrir en festin leurs espoirs…

Moi, je vois déjà mes enfants grandir. Ils percent déjà cette peau d’humus et leur vie, comme la mienne,  n’est qu’une danse infinie